Interview de Madame Chereine Stéphie MEZUI sur la situation de la femme handicapée au Gabon

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Libreville, (Agence de presse La Plume de l’Info.com) – Madame Chereine Stéphie MEZUI a accordé un entretien à notre rédaction sur la situation des femmes handicapées au Gabon, vingt-huit ans après l’institutionnalisation de la Journée nationale de la femme gabonaise, créée par le décret n°00206/PR/MENCF du 20 février 1998.

Question n°1 : Le 17 avril 2026, la Journée nationale de la femme gabonaise a célébré sa 28ᵉ édition. Quel bilan pouvez-vous dresser de la situation de la femme handicapée ? Est-elle en évolution ou en stagnation, sachant que cette célébration vise à valoriser la femme et à promouvoir des avancées en sa faveur ?

Réponse : « La situation des femmes handicapées au Gabon connaît à la fois des évolutions et de fortes stagnations. En dépit de certains progrès, elles continuent de subir une double discrimination : en tant que femmes et en tant que personnes handicapées. Elles demeurent encore largement exclues sur les plans social et économique, en particulier celles ne disposant pas d’un niveau académique suffisant. »

Question n°2 : Peut-on dire, en quelques mots, que les avancées enregistrées en près de trois décennies sont significatives ?

Réponse : « Il serait inexact d’affirmer que la situation est restée totalement figée. Des avancées réelles sont observables, mais elles demeurent insuffisantes. Après près de trente ans, nous pouvons parler d’une progression certaine, quoique incomplète. Les initiatives et les actions de plaidoyer se sont multipliées, mais leur impact concret dans la vie quotidienne des femmes handicapées reste encore limité. »

Question n°3 : Quels sont, selon vous, les points forts et les points faibles de ce bilan ?

Réponse : « Points forts :
Les campagnes de dépistage, notamment du cancer, incluent désormais les femmes handicapées ;

Sur les plans social et éducatif, on observe une amélioration progressive de l’accès à l’éducation, grâce aux actions de sensibilisation et à l’implication des organisations de la société civile ;

Sur le plan économique, des programmes d’appui à l’autonomisation (formations, microprojets, activités génératrices de revenus) ont été mis en place, permettant à certaines femmes d’acquérir une plus grande indépendance.

Points faibles :
Les politiques publiques souffrent d’un manque de suivi concret : les droits existent, mais leur application reste limitée ;

Les femmes handicapées subissent des discriminations multiples ;

Les difficultés d’accès à l’emploi persistent ;

L’accès à l’éducation demeure insuffisant pour certaines ;

L’accès aux soins adaptés est encore très limité, notamment en raison d’infrastructures inappropriées ;

Une invisibilité sociale persistante ;

Une faible représentation dans les instances de décision ;

Un regard social encore marqué par la stigmatisation. »

Question n°4 : Quels sont, selon vous, les défis urgents à relever aujourd’hui ?

Réponse : « Les défis majeurs sont les suivants :
L’insuffisance des infrastructures adaptées, notamment en matière d’accessibilité ;

Le faible accès aux soins de santé spécialisés ;

La persistance des discriminations sociales et culturelles ;

La précarité économique accrue, liée à l’accès limité à l’emploi et à l’éducation ;

L’insuffisance de données statistiques fiables pour orienter efficacement les politiques publiques.

Par ailleurs, il n’existe pas, au Gabon, de loi spécifique exclusivement dédiée aux femmes handicapées. La référence principale demeure la loi n°19/95, ce qui reste insuffisant au regard des enjeux actuels. »

Question n°5 : Selon vous, les politiques publiques prennent-elles réellement en compte vos préoccupations ?

Réponse : « Sur le plan formel, plusieurs politiques publiques intègrent les questions liées au handicap et au genre. Il existe un cadre juridique ainsi que des stratégies nationales en matière de protection sociale, d’éducation inclusive et de promotion des droits des femmes handicapées. Toutefois, dans la pratique, cette inclusion demeure partielle et insuffisante. »

Question n°6 : En tant qu’actrice de la société civile, quel message souhaitez-vous adresser aux femmes handicapées, au grand public et aux autorités ?

Réponse : « Des progrès notables ont été accomplis au cours des trois dernières décennies. Néanmoins, la situation des femmes handicapées au Gabon exige encore des efforts soutenus. Il est impératif de renforcer les politiques inclusives, d’améliorer l’accessibilité et de promouvoir pleinement leurs droits, afin de garantir leur participation effective au développement du pays.

J’invite les femmes handicapées à revendiquer leurs droits et à affirmer leur place dans la société. Leur absence dans les sphères de décision ne traduit pas un manque de compétence, mais plutôt un déficit de consultation et d’inclusion. Il reste encore un long chemin à parcourir pour qu’elles soient pleinement reconnues, entendues et valorisées. »

Propos recueillis par Annie Mapangou.

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