Libreville,( Agence de presse la plume de l’info.com)_ Plus que jamais, les fidèles de l’Église Évangélique du Gabon observent avec une attention soutenue les faits et gestes de leur pasteur président, le révérend Louis Sylvain Allogo Engo. En effet, les déclarations, les prédications et les initiatives qu’il multiplie ces derniers mois semblent, aux yeux de nombreux observateurs, revêtir les allures d’une véritable campagne de soutien en faveur de son supposé dauphin, le révérend Jean Daniel Allogo Essimengane.
La série des synodes régionaux, qui s’est achevée le 16 mars dernier avec celui de la région synodale du Ntem, lui a offert l’occasion d’afficher de manière à peine voilée la préférence qu’il accorde à ce candidat. Ainsi, lors de sa prédication du 15 mars 2026 à la paroisse d’Awoua, à Bitam, autour du thème « Ne vous éloignez pas de Jérusalem ! », le pasteur président a laissé entendre qu’il se considérait comme « l’arbitre, voire le décideur » dans le choix de son successeur.
Une posture qui suscite de vives interrogations, tant elle semble s’écarter des dispositions réglementaires ainsi que de l’esprit du système rotatoire en vigueur. Celui-ci confère en effet à la région synodale appelée à exercer le mandat la prérogative exclusive de proposer le futur pasteur président, selon les modalités arrêtées par son conclave. Une telle attitude est perçue par certains comme une marque de désinvolture à l’égard de la région synodale du Ntem, souvent présentée comme l’une des plus influentes et intellectuellement dynamiques de l’Église.
Dès lors, d’où le révérend Louis Sylvain Allogo Engo tirerait-il l’assurance de pouvoir orienter la succession, alors même que la mise en place du bureau de la modérature du Synode devrait, en principe, limiter son autorité dans ce processus ?
Pour plusieurs sources, la réponse serait à rechercher dans d’éventuels soutiens extérieurs. Certains évoquent notamment des démarches qui auraient été engagées auprès de hautes autorités politico-administratives du pays, en particulier dans la province du Woleu-Ntem. Selon ces informations, le pasteur président envisagerait de présenter le révérend Jean Daniel Allogo Essimengane au Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, ainsi qu’au ministre Maurice Ntossui Allogo, cadre du département du Ntem et frère du candidat pressenti.
Si ces démarches venaient à être confirmées, et si elles aboutissaient à un appui politique allant à l’encontre de la volonté exprimée par les chrétiens de la région synodale du Ntem, le synode national prévu en juillet pourrait s’annoncer particulièrement tendu. Sur le terrain, de nombreux fidèles expriment déjà leurs inquiétudes face à ce qu’ils considèrent comme des manœuvres de positionnement. Parallèlement, leur détermination à faire respecter les règles établies par l’Église paraît tout aussi manifeste.
Dans ce contexte, plusieurs voix en appellent également à la vigilance des plus hautes autorités de la République.
Une question demeure toutefois centrale : pourquoi vouloir à tout prix organiser sa succession autour d’un protégé ?
Plusieurs explications sont avancées. La plus évidente renvoie à la volonté d’assurer une continuité dans la gouvernance. Cependant, cette perspective soulève des réserves dans un contexte où persistent des soupçons récurrents de malversations financières, de mauvaise gouvernance et de gestion contestée des ressources humaines. À cela s’ajoutent d’autres préoccupations observables, notamment le recul notable de l’ordre d’enseignement de l’Église, le non-respect de certaines procédures administratives et des consécrations pastorales parfois sujettes à controverse.
Dans ces conditions, nombreux sont ceux qui estiment qu’une succession construite autour d’un « poulain » risquerait de perpétuer un mode de gestion déjà largement critiqué. Longtemps tolérée, la pratique consistant pour un pasteur président sortant à préparer l’accession de son protégé à la tête de l’Église est aujourd’hui de plus en plus contestée. À l’heure où le pays se réclame d’une nouvelle dynamique sous la Vᵉ République, certains observateurs considèrent que de telles méthodes relèvent d’un autre temps et devraient désormais être définitivement abandonnées.
Reste à savoir si le synode national de juillet saura se dérouler dans le respect des règles institutionnelles et de la volonté souveraine des délégués synodaux. Affaire à suivre.
