Libreville,( Agence de presse la plume de l’info.com)_ À moins de deux mois de son départ de Baraka-Mission, le pasteur-président de l’Église Évangélique du Gabon (EEG), le révérend Louis Sylvain Allogo Engo, a convié l’ensemble des pasteurs du Grand Libreville ainsi que les bureaux paroissiaux à une réunion tenue au temple de Baraka-Mission. Sans préciser au préalable l’ordre du jour, il a ouvert les échanges par des propos qui, loin de rassurer, ont davantage suscité l’inquiétude au sein du peuple de Dieu venu nombreux.
En effet, dans son propos introductif, il a laissé transparaître que le climat entourant la convocation du Synode prévu en juillet prochain est loin d’être apaisé. Car si, conformément à la Constitution de l’Église, il revient au pasteur-président de convoquer le Synode, il appartient en revanche au Bureau du Conseil national d’en rédiger la convocation. Son contenu, l’ordre du jour, la liste des participants ainsi que le programme doivent, pour des raisons de transparence, faire l’objet d’un consensus. Or, en insistant exclusivement sur sa prérogative de convoquer le Synode, l’assistance a cru comprendre qu’il s’affranchissait de l’esprit de concertation pourtant consacré par les textes et les usages de l’institution.
Par ailleurs, en rappelant avec insistance que le Gabon est un État laïc, fondé sur le principe de séparation entre l’État et l’Église, le révérend Louis Sylvain Allogo Engo a exhorté les fidèles à ne pas solliciter l’appui des autorités publiques dans le processus de désignation du futur président de l’Église. Une déclaration qui soulève néanmoins plusieurs interrogations. Pourquoi, dès lors, se serait-il empressé depuis plusieurs mois de présenter son protégé à diverses autorités politico-administratives de la République ? Une telle démarche semble en contradiction avec les principes qu’il affirme défendre.
L’autre source d’inquiétude réside dans les menaces de « suspension » qu’il aurait brandies à l’endroit des potentiels concurrents de son candidat. S’il est légitime de vouloir prévenir les débordements, encore faudrait-il s’interroger sur les causes profondes des tensions actuelles. Comment appeler au calme lorsque plus de trente mois d’arriérés demeurent impayés à certains collaborateurs ? Comment exiger la neutralité lorsque l’on est soi-même soupçonné de faire campagne pour un candidat ? Comment invoquer le respect des textes et des usages lorsque ceux qui réclament leur stricte application sont accueillis avec froideur ou mépris ? En somme, comment menacer de sanctions ceux qui contestent certaines pratiques, lorsque l’on est soi-même accusé de violations répétées des règles et traditions de l’institution que l’on prétend défendre ?
À titre d’illustration, le pasteur-président a annoncé le lancement des travaux de construction du siège national, sans toutefois préciser l’origine des financements. Selon certaines informations recueillies, ce projet pourrait être financé à partir des fonds versés par l’État à l’Enseignement Privé Protestant au titre du remboursement des frais de scolarité. Il exercerait actuellement des pressions sur le Directeur général afin que l’intégralité des cent soixante-quinze millions de francs CFA récemment alloués soit affectée à ce projet, alors même que ces ressources devraient prioritairement servir à l’amélioration des infrastructures scolaires ainsi qu’aux conditions de travail du personnel. Il refuserait ainsi de se limiter aux 20 % légalement destinés à l’Église. Pourquoi vouloir disposer de l’intégralité de cette enveloppe ? Certains y voient la volonté de financer, entre autres, la campagne de son protégé.
Dès lors, une question demeure : la laïcité de l’État gabonais, si souvent invoquée par le révérend Louis Sylvain Allogo Engo, ne devrait-elle pas également s’appliquer à la gestion financière de l’Enseignement Privé Protestant ?
